Passerelles Synthèse • Volume 7 • Numéro 14 • 20 Novembre 2008
Agriculture : Aide aux agricultures des pays pauvres, l’UE prétextant la crise financière tarde à honorer ses engagements
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Les subventions dont bénéficient les agriculteurs des pays développés faussent le jeu de la concurrence au niveau mondial. Ceux des pays pauvres ont toujours demandé ces subventions mais rien n’a été fait dans ce sens. Pour manifester une certaine solidarité avec leurs homologues des pays pauvres, les agriculteurs de l’Europe avaient donné l’engagement de les soutenir.
Mais, préoccupés par le spectre de la récession chez eux ils traînent de plus en plus les pieds pour débloquer un milliard d’euros d’aide à l’agriculture des pays pauvres, malgré leurs
promesses faites et répétées plusieurs fois.
Cet engagement a été repris lors de la rencontre sur la lutte contre la crise alimentaire à Bruxelles, ce 11 novembre 2008. L’Union européenne “réitère sa ferme volonté d’aider les pays en développement” qui subissent les conséquences de la crise alimentaire, notamment en lançant des “actions immédiates” pour “assurer les récoltes des années prochaines”.
Les déclarations du sommet européen de juin, où les 27 avaient soutenu l’idée de créer un “nouveau fonds de soutien à l’agriculture dans les pays en développement” ont également été rappelées.
Mais depuis lors, la proposition concrète de Bruxelles en juillet de prélever un milliard d’euros de fonds non utilisés de la Politique agricole commune (PAC) pour aider les pays en développement à augmenter leur production agricole, par le financement de semences et d’engrais, soulève nettement moins d’enthousiasme.
Les “prétextes” et les “arguties” des 27 a été dénoncé par le commissaire au Développement Louis Michel. Il a lancé une leçon de morale et un avertissement, en déclarant que : “Je préfère quelqu’un qui dise - on n’est pas en état de faire ça, on ne peut pas le faire » et que: « tenir des discours enflammés, passionnés, engagés, pour dire -on veut, on veut-, et derrière ne pas le faire ou inventer des prétextes pour ne pas le faire, je ne l’accepte pas »
Depuis le début, certains Etats membres, notamment l’Allemagne et la France, sont réticents à débloquer des sommes qui normalement reviendraient dans leurs budgets nationaux, et invoquent notamment des questions de procédure budgétaire européenne.
Le secrétaire français à la Coopération Alain Joyandet estime qu’il semble que ce soit un peu compliqué pour des questions budgétaires même si, il a été question à un moment de donner des excédents de la PAC. « Il faut donc trouver la - bonne - formule » dans les meilleures délais.
Les 27, le Parlement européen et la Commission doivent en effet se retrouver le 21 novembre pour une réunion destinée à trouver un compromis sur le budget 2009 de l’UE, dont cette aide à l’agriculture des pays pauvres.
Mais de nombreux Etats préfèreraient puiser ce milliard d’euros dans des fonds déjà programmés pour l’action extérieure de l’UE, selon des sources européennes. Une position rejetée par le Parlement européen, co-décideur avec les 27 en matière budgétaire. “Il manque déjà de l’argent pour le Kosovo, la Palestine, l’Afghanistan. On veut de l’argent supplémentaire”, avait indiqué une source parlementaire proche des négociations.
”Si c’est pour requalifier des moyens qui existent déjà au niveau du développement, et dont on a besoin pour d’autres politiques, pour moi c’est non! et je le dénoncerai!,” s’est emporté également Louis Michel.
Les divergences entre les Etats membres portent aussi sur la période de cette aide, selon M. Joyandet.
La proposition de Bruxelles prévoyait au départ une aide pour les récoltes 2008-2009, mais les retards pris vont obliger à la reporter d’un an. Et certains Etats membres voudraient allonger cette aide sur trois ans, “pour faire avaler la pilule” chez eux, a dénoncé M. Michel.
Avec la crise économique et financière, les Etats membres sont “devenus moins généreux depuis les vacances”, résume la source parlementaire.
”C’est plutôt le contraire qu’on devrait faire”, car les pays en développement vont aussi être gravement touchés par la crise, a pourtant insisté M. Michel.
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