Passerelles Synthèse • Volume 7 • Numéro 4 • 1 Mai 2008
Doha : entre urgence et impossibilité
Le cycle de Doha intéresse de plus en plus les dirigeants du monde. Les déclarations tantôt teintées d’espoirs tantôt d’inquiétudes montrent toute l’importance de ce cycle de négociations qui est toujours bloqué sur les sujets les plus importants.
D’aucuns pensent que l’avenir du commerce international se trouve dans la réussite de ce cycle. Mais sa finalisation est aujourd’hui inquiétante et l’éventualité d’un échec est de plus en plus brandie même si certains gardent espoirs. Des réactions sont notées de part et d’autre. Ceux qui pensent à l’urgence d’un accord et d’autres qui pensent que cela n’est pas possible à l’heure actuelle. Ce dernier point de vu est soutenu par M. Nicolas Sarkozy Président de la république de France qui pense que les conditions d’un accord ne sont “pas réunies”.
En effet dans une lettre adressée au président de la Commission européenne José Manuel Barroso, le président français a exposé toutes ses inquiétudes sur l’absence de conditions pour un accord équilibré. Au soutien de son argumentation, il estime que “le déséquilibre des concessions réciproques, au détriment de l’Union européenne, est très préoccupant, aussi bien pour les piliers agricoles et industriels en discussion, que pour l’économie générale de cette négociation, avec la sortie du périmètre des négociations actuelles de plusieurs sujets primordiaux pour l’Union européenne (services, règles, indications géographiques)”.
Prenant complètement partis pour les agriculteurs et les entrepreneurs européens, M. Sarkozy note que “plusieurs filières agricoles européennes seraient mises en péril par l’application des dispositions concernant l’accès au marché communautaire” et évoque “le recul récent de la négociation en matière d’accès aux marchés industriels pour les entreprises européennes”. A trois mois de la présidence Française de l’UE, Le président de la république Française en rencontrant les syndicats des agriculteurs français, promettait une “refondation” de la PAC, par des discussions de fond sur son avenir après 2013. Ce qui débouchera sur “une véritable simplification durable” de cette PAC.
Absence d’efforts des pays Emergents
Le président Français écarte toute ” naïveté de la part de l’UE ” et charge les autres acteurs de ces négociations en considérant qu’ils n’avaient pas fournis suffisamment d’efforts. Il a déclaré que ” L’absence d’efforts de la part des grands pays émergents est sans commune mesure avec les bénéfices qu’ils ont tirés ces dernières années de l’ouverture aux échanges internationaux “. Il faut donc chercher un équilibre dans ce cycle de Doha.
Le rééquilibrage se ferait à travers des concessions faites sur le commerce de services, les indications géographiques mais aussi une véritable réciprocité des engagements d’accès aux marchés. M. Sarkozy a jugé que sur ces questions, les autres partenaires ne font pas suffisamment d’efforts et que l’UE devrait plutôt montrer une grande vigilance. Elle doit de toute les façons s’engager à oeuvrer pour rééquilibrer la négociation. M. Sarkozy est allé même plus loin en affirmant qu’il s’opposerait à tout accord qui ne prendrait pas en compte les intérêts de son pays.
Il faut rappeler que les pays émergents demandent aux pays développés, comme l’Europe et les Etats-Unis, une plus grande ouverture de leurs marchés agricoles. Et il leur a été demandé d’ouvrir à leur tour leurs propres marchés industriels et des services. A cette opposition vient se greffer une autre, celle - là entre Européens et Américains sur les aides qu’ils versent à leurs agriculteurs respectifs.
Pourtant il est urgent de conclure le cycle de Doha
En dépit de toutes ces inquiétudes, certains continuent à penser qu’il devient de plus en plus urgent de conclure le cycle. Le Premier ministre australien Kevin Rudd et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso ont souligné récemment l’”urgence” d’un accord à l’OMC sur la libéralisation du commerce mondial, malgré les craintes d’un échec des négociations qui grandissent de jour en jour.
Après s’être entretenu avec M. Barosso le mercredi 9 avril 2008, M. Kevin Rudd a estimé qu’”il y a un besoin urgent de conclure pour donner un coup de pouce à l’économie mondiale qui traverse comme nous le savons une période particulièrement difficile”. Il reconnaît cependant qu’il reste beaucoup de travail à faire, mais rien n’est impossible, il faut juste être réaliste. Le temps passe vite. Et les élections aux Etats unies approchent à grandes enjambées et selon Peter Mandelson, “Si nous n’achevons pas le cycle de négociations en 2008, sous la présidence Bush (…) je pense qu’elles sont vouées à l’échec”.
Probabilité d’une réunion ministérielle
Au début de l’année, beaucoup d’espoirs ont été nourris par les textes proposés par les présidents des groupes de négociations et certains entrevoyaient une réunion ministérielle au mois d’Avril, mais il n’ y a à ce jours aucune avancée significative qui justifierait une telle réunion. Même si, durant la première quinzaine d’avril, un important compromis technique est intervenu dans la négociation agricole entre six grandes puissances commerciales: Australie, Brésil, Canada, Etats-Unis, Japon et Union européenne. “Les grandes lignes d’un accord sont sur la table”, a indiqué M. Mandelson au cours d’une conférence de presse de l’American European Press Club à Paris en mi avril. Ces puissances se sont mises d’accord sur la méthode de calcul de la consommation intérieure nécessaire pour déterminer l’augmentation des quotas tarifaires de produits sensibles.
Les ministres ne seront convoqués que si les négociateurs trouvent un compromis final. Et “C’est pourquoi il y a actuellement une tentative de convoquer une réunion ministérielle en mai, sur la base d’un nouveau texte négocié en avril”, selon M. Mandelson.