Passerelles Synthèse • Volume 7 • Numéro 4 • 1 Mai 2008
La CNUCED 12 : la question du développement de l’Afrique et de sa participation au commerce mondial au cœur des discussions.
La 12ème session de la CNUCED s’est tenue du 20 au 25 avril à Accra au Ghana. Le thème central de la session était ” Perspectives et enjeux de la mondialisation pour le développement “. Certains l’ont qualifié de conférence de référence du fait du contexte dans le quel elle se tenait. Ce contexte est marqué par des changements économiques, sociaux, politiques et environnementaux. Si les caractéristiques principales de ce contexte de crise sont de plus en plus claires, les répercussions ne sont pas encore bien déterminées. La conférence a également lieu à un moment où la pression exercée par le Nord concernant la réforme du système des Nations Unies, y compris la CNUCED, continue de croître. Dans le même temps les modèles existants de gouvernance économique et politique mondiale rendent difficiles la pleine participation des pays en développement et la prise en compte de leur opinion. Les relations commerciales entre pays du Nord et ceux du sud sont à la croisée des chemins. Et les APE et d’autres accords de libre-échange qui se négocient en constituent une parfaite illustration.
Ce contexte de turbulences économiques impose une nécessaire surveillance et une intermédiation multilatérale dans les domaines intrinsèquement liés au commerce et au financement du développement. Aujourd’hui, il y a de fortes raisons d’espérer que plusieurs pays en développement atteindront les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) d’ici 2015. Ces pays ont su profiter de la récente envolée du prix des produits de base. Nombre d’entre eux sont désormais exportateurs nets de capitaux. Le commerce et l’investissement Sud-Sud ont virtuellement explosé. La nouvelle vague de la mondialisation doit aboutir à une meilleure répartition des bénéfices. La pauvreté a sensiblement reculé, en particulier en Asie mais aussi en Afrique où la croissance du PIB moyen, à l’exception du Nigéria et de l’Afrique du Sud, a été estimée l’an dernier à 7%. Cependant, pour la CNUCED, il ne faut pas se laisser porter par l’optimisme.
Cela ne doit nullement empêcher de s’intéresser à certaines régions en Afrique au sud du Sahara qui restent confrontées à une pauvreté grandissante ou connaissent une croissance non génératrice d’emplois. Les problèmes chroniques que connaissent les pays en développement depuis plusieurs décennies prennent aujourd’hui de nouvelles formes et une ampleur alarmante. Dans cette partie du monde, on peut malheureusement déplorer le fait que les objectifs du millénaire resteront quasi inaccessibles si des mesures hardies ne sont pas prise de toute urgence.
La rencontre constituait dès lors une occasion de discuter, selon le secrétaire Général de la CNUCED, “les conséquences de ces nouvelles réalités pour le commerce et le développement, en s’efforçant de relever les défis et de tirer le meilleur parti des possibilités offertes par la mondialisation”.
Il est, en effet, ressorti de ces travaux de la CNUCED l’urgence de mettre le système commercial multilatéral au service de la prospérité de l’Afrique. Les pays en développement et ceux du continent africain particulièrement intéressés par cette 12ème session de la CNUCED ne doivent pas rester en marge de la marche du monde. Mais il est fort regrettable selon le Secrétaire Général des Nations Unies M. Ban Ki Moon “qu’aucun pays africain ne sera en mesure de réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) d’ici à 2015 “. Même si des efforts considérables ont été enregistrés et des progrès sont possibles, les pays comme le Ghana, la Tanzanie et le Kenyan en ont donné des exemples. L’Afrique doit ” goûter pleinement aux fruits de la mondialisation ” pour cela il faut commencer par divorcer d’avec le système vicieux de l’assistanat dans lequel elle se trouve depuis tant d’années. Il faudrait aussi un rééquilibrage des règles du commerce mondial pour tirer meilleur profit de la mondialisation. C’est dans ce sens que le président ghanéen John Kufuor, a appelé les pays industrialisés à renoncer aux pratiques protectionnistes et aux différentes formes de soutiens, d’aides et de subventions accordées à leurs producteurs et exportateurs agricoles, pour rendre le marché mondial plus stimulant pour les producteurs africains.
Dans ce débat sur le commerce mondial, M. Pascal Lamy pense que seule la conclusion d’un accord dans le cycle de Doha peut offrir aux pays en développement et aux PMA se trouvant majoritairement en Afrique de nouvelles possibilités de lutte contre la pauvreté par le commerce. Cela ne devrait tout de même pas entraver la coopération et le commerce Sud - Sud que beaucoup considèrent comme une alternative sûre et à porter de main au système de coopération Nord Sud qui n’a jusqu’à présent pas encore produit les espoirs qui y été placés.
Une telle position a été défendue par le Président Lula Da silva du Brésil et la société civile qui participait à cette rencontre. En effet il a été retenu que la coopération Sud - Sud a le potentiel d’offrir des partenariats permettant un réel accès des PMA à des marchés rentables ???. La société civile a appelé la CNUCED à poursuivre ses efforts pour renforcer et protéger ces échanges Sud - Sud. Elle a appelé aussi à un plus grand engagement de la CNUCED dans la création et la gestion des mécanismes multilatéraux qui régulent le commerce mondial sous toutes ces formes. Il faut pour cela que son mandat ne soit pas interprété de façon restrictive et aller résolument vers une nouvelle dynamique.