Passerelles SynthèseVolume 7Numéro 4 • 1 Mai 2008

Coopération Sud - Sud : l’Inde et l’Afrique scellent le partenariat pour le développement

Le premier Forum Afrique - Inde s’est tenu à New Dehli en Inde du 4 au 9 avril. Dans un contexte mondial où les difficultés économiques prennent des proportions importantes dans la plus part des pays en développement, notamment en Afrique au Sud du Sahara, les relations économiques et commerciales internationales deviennent un enjeu très important. Les traditionnelles relations entre les pays en développement, africains notamment, et occidentaux théorisées sous le vocable relations Nord-Sud sont entrain d’être revisitées ou même réorientées. C’est à cet instant précis que les pays du Sud sentent le besoin de développer leurs relations commerciales. Dans cette optique, l’Inde et l’Afrique ont organisé une rencontre à New Dehli pour jeter les bases d’une nouvelle coopération qui permettrait à chaque partie de bénéficier des avantages qu’offre l’ouverture des marchés.

Il faut rappeler que les relations entre l’Inde et l’Afrique ne datent pas d’aujourd’hui. En effet, New Delhi avait noué d’étroites relations en Afrique dans les années 1960 et 1970, à l’époque où l’Inde, Etat non aligné, soutenait des mouvements de décolonisation. Aujourd’hui ce sont des relations d’une autre nature qui se dessinent petit à petit. L’économie, les finances et le commerce sont les éléments essentiels de cette nouvelle coopération. Le commerce bilatéral entre l’Inde et le continent africain est très important à ce jour. Il s’est élevé à 30 milliards de dollars pour l’année 2006-2007 et est en constante progression. ” L’inde souhaite que le 21e siècle soit celui de l’Asie et de l’Afrique et que les peuples des deux continents travaillent de concert pour promouvoir une mondialisation qui soit égale pour tous ” a laissé entendre le Premier ministre indien, Manmohan Singh, qui a annoncé en même temps le doublement des prêts consentis à l’Afrique à 5,4 milliards de dollars sur les cinq prochaines années (contre 2,1 milliards sur les cinq années précédentes).

Et l’ouverture du deuxième bureau de la Exim Bank, à Dakar, après Johannesburg en constitue une illustration. Ces lignes de crédit seront disponibles dans le cadre des relations bilatérales. Elles sont aussi élargies aux Communautés économiques régionales de l’Afrique.

Une grande ambition

Cette coopération s’articulera essentiellement sur les technologies de l’information et de la communication ou encore sur la production d’énergie électrique. Des domaines dans les quels le continent africain accuse un grand retard. Les ressources humaines seront tout aussi un élément essentiel dans ces relations, de même que la formation professionnelle et universitaire constituent des domaines qui ne doivent pas être négligés selon les autorités de ces deux parties.

L’Inde s’est engagée lors de ce sommet à doubler le nombre de bourses jusqu’ici accordées aux étudiants africains. Dans le cadre de l’assistance technique également, le nombre de places mises à la disposition du continent passera de 1.100 à 1.600 par an. Selon les officiels, l’Afrique et l’Inde partagent une ressource importante qui est la jeunesse de leur population. Selon le premier ministre indien, ” l’Inde et l’Afrique sont bénies en disposant d’une population jeune. C’est seulement en investissant dans l’énergie créatrice de nos jeunes que nous pourrons pleinement exploiter le potentiel de notre partenariat “.

Une coopération gagnant - gagnant

Cette coopération se fondera sur l’égalité, le respect mutuel, une vision partagée dans un monde plus juste grâce à des régimes politiques et une économie mondiale plus équitables. Il s’agira de faire face à des défis collectifs comme la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique, les pandémies, le terrorisme international, les changements climatiques. C’est ce qui a fait dire à M. Abdoulaye Wade président de la République du Sénégal que ” C’est une occasion de traduire en actes notre philosophie de coopération égalitaire et profitable à tous ” et que ” Ce sommet s’inscrit dans le sens de la solidarité. L’indépendance politique, comme une symphonie inachevée, restera toujours incomplète sans la souveraineté économique “. M. Alpha Oumar Konaré ancien président de la commission de l’UA s’inscrit dans le même sens et déclare que ” l’UA parle au nom d’une Afrique responsable et qui entend dialoguer à égalité avec toutes les puissances du monde selon le concept gagnant-gagnant “. L’intérêt des parties africaine et indienne sont certainement économiques et commerciales dans un court terme mais il faut rappeler aussi qu’il y’a là un grand intérêt géostratégique.