Passerelles Synthèse • Volume 6 • Numéro 8 • 30 Septembre 2007
Afrique de l’ouest : la société civile fait face aux négociateurs. ” On se parle mais on ne s’entend pas. “
Il existe actuellement un véritable dialogue de sourd entre les autorités gouvernementales chargées des négociations APE et les institutions d’intégration régionales d’une côté et la société civile de l’autre. La formule proposée dans l’accord de Cotonou qui consiste à réunir les acteurs étatiques et non étatiques dans une même synergie pour participer aux négociations des APE n’a pas résisté aux soubresauts de ces pourparlers.
Le différend est total. Le secteur privé a quasiment déserté la table des négociations et retourné à ses occupations pendant que la société civile multiplie les actions et les initiatives sans pour autant impacter sur le cours des négociations.
En juillet dernier, en marge des négociations Ape qui se sont déroulées à Accra, Ghana, plusieurs organisations de la société civile de la région ont quasiment accusé les négociateurs ouest africains de trahison pour avoir, selon elles, abandonné le mandat de négociation donné par les Ministres. Les OSC estiment que les négociateurs africains n’auraient pas défendu convenablement la demande des Ministres pour une prorogation des négociations au-delà de décembre. De plus, alors que les Ministres avaient indiqué qu’ils ne souhaitaient pas que l’investissement, la concurrence et la passation des marchés publics soient pas inclus dans les APE, les négociateurs ont, selon les OSC, eu la faiblesse de se laisser convaincre par l’UE pour inclure ces sujets dans l’APE.
Les structures régionales de négociation sont ainsi directement mises en cause. Selon Teteh Hormeku de Third World Network Africa, ” les structures de négociation sont en train de saper notre souveraineté, car elles ne suivent pas les orientations de leurs gouvernements nationaux. Les fonctionnaires ne sont pas traités avec respect. Si même notre propre Parlement est traité de manière irrespectueuse, à quoi pouvons-nous nous attendre? ” a-t-il commenté.
La responsabilité du manque de dialogue entre les acteurs et la désintégration des échelons national et régional ne relèvent pas pourtant seulement des négociateurs. On déplore aussi l’absence de structures institutionnelles nationales dans les pays membres pour surveiller les progrès des négociations APE.
Au Ghana par exemple, le Ministre du commerce supervise officiellement toutes les négociations commerciales gouvernementales avec un Comité interinstitutionnel qui avait été établi pour suivre toutes les négociations commerciales et qui est supposé faire intervenir différentes institutions de diverses parties prenantes. ” Toutefois, ce Comité est pratiquement mort. Ils ne nous invitent pas à venir présenter notre position nationale sur les APE et à dire ce qu’il fait faire. La seule fois où ils nous ont parlé, c’est quand ils nous ont apporté le document de l’UE sur les services pour nous demander de le commenter, ” a déclaré Tetteh Hormeku. ” Ce comité institutionnel, a poursuivi Teteh Hormeku, ne travaille pas et tout est concentré au Ministère. En tant qu’organisations de la société civile, nous avons de nous même établi notre propre réseau de bureaux économiques pour faire entendre la voix de la société civile dans la lutte. ”
Mais le problème va au-delà des acteurs de la société civile. Le représentant officiel du Ghana dans les négociations, M. Bera Wusi, est frustré de ne pas recevoir les documents concernant les APE à temps du Secrétariat sous-régional, pour être en mesure de les lire et de les analyser. Les documents sont parfois tous en français, une langue qu’il ne parle pas. Il assiste à des réunions menées en français, sans interprète. A quelques kilomètres de lui, dans d’autres pays francophones, il n’est pas rare aussi de voir des négociateurs se plaindre exactement des mêmes problèmes.